hervĂ© beaudouin  -  benoĂ®t engel   I   architectes

CENTRE UNIVERSITAIRE DE RELATIONS AVEC LES ENTREPRISES  - Campus de  Poitiers (Vienne)  - 2005  - Architectes : HervĂ© Beaudouin et BenoĂ®t Engel


 

Le bâtiment, situĂ© sur le campus universitaire de Poitiers est implantĂ© sur un terrain de forme triangulaire qui, Ă  l'origine, Ă©tait complĂ©tement plantĂ© d'arbres.

Ce terrain était un délaissé entre 2 rues : une voie nouvelle et la voie ancienne, abandonnée, qui est reconvertie en parking.
Pendant la construction du bâtiment, les arbres, hors emprise, ont été conservés.
La prĂ©sence de nombreux acacias qui ont la particularitĂ© de faire de multiples rejets, 
permettra de laisser de nouveaux arbres s'implanter naturellement,

sans avoir Ă  replanter.

Le reste du terrain est planté de lierre couvre sol, comme dans un sous bois.
Le bâtiment abrite un ensemble de bureaux et de services communs, répartis dans 3 entités.

Le volume est fractionné en 3 bâtiments inégaux de forme trapézoïdale, reliés par une galerie traversante, vitrée.

La toiture est inclinĂ©e et forme une ligne oblique, vers les noues paysagères qui sont destinĂ©es Ă  recueillir les eaux de toiture, Ă  ciel ouvert.

Le volume central, plus petit, rassemble les services communs.

L'ensemble ne comporte qu'un seul niveau.

Le fractionnement en trois volumes permet de jouer sur plusieurs sĂ©quences spatiales, et de rendre plus riches, les percĂ©es, les cadrages et les perspectives visuelles.

La forme trapĂ©zoĂŻdale des trois volumes, combinĂ©e avec le nĂ©gatif de l'espace naturel, et la pente douce des toits introduit une dynamique et met en valeur les effets de perspective.

L'effet de peigne permet de faire pénétrer les espaces plantés, au coeur du bâtiment.
L'entrée générale est dans le volume central, ce qui permet une bonne lecture, une identification aisée des 2 entités

et une distribution centralisée, raccourcissant les longueurs de circulation.

Le parcours de la galerie comporte des séquences de transparences à chaque passage entre les bâtiments.

PRECISIONS TECHNIQUES :

 

Le béton de calcaire :

L'intention a été de donner à la peau du bâtiment, un aspect très naturel, pour installer un rapport subtil avec la présence des arbres.

Le bĂ©ton est composĂ© d'un mĂ©lange de ciment blanc, de sable et d'agrĂ©gats alluvionnaires et calcaires 0/40. 

Il est coulĂ© dans un coffrage de pleine hauteur. 

De fines lignes horizontales, imprimées dans le béton, structurent discrètement la surface.

Ces lignes sont rĂ©alisĂ©es avec un simple cordon de mastic silicone sur la banche mĂ©tallique. 

Les ouvertures viennent se caler sur ces lignes. 

Le bĂ©ton a Ă©tĂ© fabriquĂ© par l'entreprise elle-mĂŞme, dans son usine de prĂ©fabrication situĂ©e Ă  quelques kilomètres. 

C'est un gage de qualitĂ©, car l'entreprise contrĂ´le parfaitement toute la chaĂ®ne de fabrication et de mise en oeuvre. 

La composition du bĂ©ton est transparente, ce qui n'est pas toujours le cas des livraisons de bĂ©ton prĂŞt Ă  l'emploi. 

Le rythme des rotations de coulage est essentiel dans la mise en oeuvre : Le bĂ©ton doit ĂŞtre parfaitement homogène pour chaque coulage. 

La succession des coulages a Ă©tĂ© la plus courte possible pour Ă©viter les problèmes de vagues. 

La surface du bĂ©ton est hydro-sablĂ©e, pour mettre en valeur les agrĂ©gats. 

L'hydrosablage a Ă©tĂ© effectuĂ© au plus tard, 2 ou 3 jours après dĂ©coffrage. 

Les cales d'armatures sont exclusivement en bĂ©ton blanc, ce qui les rendent invisibles, lors du sablage. 

La paroi a une qualité texturée, très naturelle, qui joue parfaitement avec la lumière.

Le caractère texturé et la couleur du béton de calcaire, ainsi réalisé, sont très proches de l'aspect de la pierre.
Le mode opératoire pour la création d'ouvertures, est original. Les ouvertures sont en majorité plus larges que hautes.

 Afin d'Ă©viter les problèmes de bullage ou autres dĂ©fauts des appuis de baies, et d'avoir Ă  mettre en place des cheminĂ©es de coulage,

les ouvertures ont Ă©tĂ© dĂ©coupĂ©es dans la paroi de bĂ©ton, par sciage direct. 

On obtient ainsi des trous parfaits, ce qui est nécessaire pour le type de menuiseries prévues pour ce bâtiment.
Le processus mis au point par l'entreprise, en collaboration avec l'architecte, est original : 

des petits mannequins, d'une largeur de 40 cm, et d'une hauteur correspondant Ă  la hauteur du percement, sont disposĂ©s de chaque cĂ´tĂ© de l'ouverture. 

Ces mannequins sont destinĂ©s Ă  former les 4 coins de l'ouverture et Ă  rĂ©soudre le problème posĂ© par la rotonditĂ© de la scie, dans les angles.

Le sciage se fait horizontalement, entre chaque trous, en haut et en bas. 

La scie est fixée sur le morceau destiné à être enlevé, ce qui évite toute trace de fixation de la scie.

Le bloc central, une fois dĂ©coupĂ©, est enlevĂ© en le faisant glisser vers l'intĂ©rieur du bâtiment, de façon Ă  ne pas abĂ®mer le parement extĂ©rieur, lors de la manoeuvre.

Le fruit du décoffrage est prévu du côté intérieur de l'ouverture.

Le béton a été coulé pleine hauteur

De petits mannequins d'une largeur correspondant au rayon du disque de la scie

sont placés de chaque côté de la baie

La scie est fixée sur les morceaux que l'on enlève.

Elle ne laisse donc aucune trace.

Le trait de scie va d'une réservation à l'autre

Le trait de scie est très précis

Le bloc est prêt à être enlevé du côté intérieur

pour ne pas risquer de dégrader le parent de la façade.

Sans mannequin l'angle doit être retravaillé manuellement

Les menuiseries :


Les menuiseries artisanales, dessinées par l'architecte, sont d'une conception particulière :

Elle font appel à une technologie très simple, non-industrielle, combinant l'acier et le bois.

La partie métallique, faite de tôle de 3 mm pliée, soudée aux angles et métallisée, après usinage complet, est très fine. (30 mm de face vue).

Cette finesse permet d'obtenir un maximum de lumière.

La finition du métal par schoopage a un aspect gris clair, granité et mat.

Les menuiseries sont posées, "en tunnel" dans un précadre en bois rétifié.

La pose au nu extérieur permet d'habiter la fenêtre et d'obtenir une continuité de la paroi.

Un pré-cadre en bois rétifié (frêne) de 25 mm d'épaisseur, disposé à 30 mm en retrait du nu extérieur, forme un joint creux périphérique,

permettant de détacher la fenêtre du béton calcaire.

Le métal n'est pas apparent, du côté intérieur. Les parecloses et l'habillage des tableaux sont en frêne vernis.

L'isolant en tableau est très performant tout en étant de très faible épaisseur. (combinaison de films réfléchissants matelassés).
Les parties vitrées sont fixes.

Les parties ouvrantes sont constituées d'un volet plein, en bois de frêne, traité par rétification. (couleur brune, virant au gris-brun en vieillissant).

La rétification est un procédé de traitement du bois, écologique, par torréfaction.

Ce procédé n'emploie aucun traitement chimique.

Il permet d'utiliser des bois feuillus nationaux dans des emplois extérieurs inhabituels pour ces essences de bois.
Les percements, mesurés, sont en majorité horizontaux et placés volontairement bas pour être à hauteur des yeux, en position assise.

 

L'Ă©coulement des eaux de pluie :

 

On notait, sur le terrain existant, très argileux, la présence de fossés qui, du fait du caractère imperméable du sol,

permettait de recueillir les eaux de ruissellement.
Il a été choisi de profiter de la présence de ces fossés, très intéressante, en terme de paysage, pour gérer l'écoulement des eaux de pluie à ciel ouvert.
Les fossés existants ont donc été conservés, re-profilés et mis en valeur.

Ils ont Ă©tĂ© transformĂ©s en noues paysagères. Ces noues sont très peu profondes.

Le fil d'eau, en pente, fait que l'eau ne restera pas et sera évacuée aux avaloirs existants pour rejoindre le système existant.

Cette gestion, à ciel ouvert, renforce le caractère naturel, souhaité pour le projet.

Non seulement l'écoulement des eaux est visible, mais il est mis en valeur par la présence de grandes gargouilles qui accompagnent les eaux de pluies, recueillies sur les toitures, jusque dans les noues paysagères.

Les grandes gargouilles en forme de U sont faites en tôle pliée, traitées contre la corrosion par schoopage.

elles sont posées, au droit du bas de pente, latéralement, sur 2 supports en équilibre dessous / dessus.